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La crise étudiante : trois grandes victimes

Publié le 12 Juin 2012
Publié le 12 Juin 2012

L'auteur a été professeur au département de linguistique et à la faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa de 1969 à 2001. Il a été doyen de cette dernière faculté de 1994 à 1997. Il est détenteur d'un doctorat en linguistique de l'Université Georgetown, à Washington D.C.

La première victime de cette crise est le respect : respect les uns pour les autres, respect du bien public, respect des institutions, respect de la démocratie. Les médias sociaux ont abondamment illustré l’incroyable polarisation des opinions dans ce débat, de même que la hargne, voire l’animosité qu’entretiennent de nombreuses personnes envers ceux qui ne partagent pas leur opinion. Malheur à ceux qui prennent la peine d’exprimer publiquement leur point de vue. Au lieu de répondre aux idées exprimées, on a bien souvent pour toute réplique que des insultes, des jugements à l’emporte-pièce qui n’ont rien à voir avec le fond du débat.

Et si par malheur les autorités doivent intervenir pour faire cesser les méfaits, libérer les rues, les accès publics, dont ceux des institutions visées par les boycottages, on crie au meurtre, à l’affront à la démocratie alors que c’est justement cette dernière qu’on tente de défendre et de protéger.

La deuxième victime est la vérité. Wilfrid Laurier a dit que « la province de Québec n’a pas d’opinions, elle n’a que des sentiments ». Voilà sans doute qui est exagéré, mais il reste tout de même que quand on ne connaît pas les faits, quand on refuse d’entendre les arguments des deux partis, la passion prend très facilement le dessus sur la raison et c’est alors que le débat devient une crise avec tout ce que cela implique de débordements, d’excès de langage, de manifestations où les cris tiennent lieu d’argumentation.

« Faire payer les riches »

Félix Leclerc disait avec beaucoup de justesse que « l’ignorance a le mépris facile ». Quand on voit toutes les énormités qui se sont dites au sujet du fonctionnement et du financement des universités, des véritables justifications des hausses exigées, des coûts réels de ces hausses pour les plus riches comme pour les plus démunis, on ne peut que déplorer la méconnaissance et les préjugés entourant ce débat.

Et s’il était si facile de « faire payer les riches », les gouvernements successifs, dont ceux du Parti québécois, n’auraient pas eu à réduire les salaires des enseignants et à pousser à une retraite anticipée des milliers de médecins et infirmières.

Sait-on que les premières victimes d’un sous-financement chronique des universités sont les postes de professeurs à temps complet, ceux des grands spécialistes, des meilleurs candidats aux études supérieures, qui iront ailleurs chercher (en plus d’un climat plus serein!) les équipements de pointe, les subventions qui leur permettront de contribuer à l’avancement des connaissances et à la réputation de leurs institutions. L’exode des cerveaux est un danger bien réel. Nous sommes un tout petit peuple à l’échelle mondiale, et si nous ne prenons garde, le mot « petit » pourrait bien désigner la qualité de nos universités tout autant que l’étendue de notre population.

Loi spéciale

La troisième victime de ce conflit est la communication. Les médias portent la responsabilité d’à peu près toute l’information qui circule au sujet de cette crise, et ce, avec toutes les contraintes de temps et d’espace, avec tout le sensationnalisme que cela peut impliquer. Et les Twitter, Facebook et autres médias sociaux ne sont pas les meilleurs garants d’exhaustivité, d’objectivité et de rigueur.

Cela étant dit, je déplore le retard inexcusable du gouvernement à établir dès le départ une formule de dialogue suivi, franc et ouvert avec les étudiants et à exposer clairement, chiffres l’appui, la décision d’augmenter les frais de scolarité. Nous avons bien vu tout dernièrement dans les journaux quelques messages succincts de la part du gouvernement, mais cela fut précédé d’un long silence qui a permis au débat de devenir une crise majeure, laquelle a abouti à une rencontre-marathon au cours de laquelle des mesures improvisées et selon moi inacceptables ont été adoptées, puis rejetées tout aussi rapidement.

Et tout cela a mené au résultat qu’on connaît, alors qu’une loi spéciale, nécessaire dans les circonstances, a dû être adoptée, mais dont la sévérité, sinon la démesure, témoignent de l’état d’un conflit dont les proportions et les implications dépassent de loin la décision qui l’a déclenchée.

Pierre Calvé

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