M. Gendron, Vous portez la discussion dans les médias nationaux, dommage. Je vis dans la même région que vous, la Vallée-du-Haut-Saint-Laurent et ce que vous faites comme affaires avec les compagnies de gaz de schiste, soit leur vendre notre eau et traiter les eaux usées de fracturation, m’inquiète beaucoup.
Je vis près de la rivière Châteauguay, malheureusement en aval de chez vous et je puise mon eau, comme plus de 40% des gens de notre région sans compter les entreprises agricoles, dans la même nappe phréatique que vous. J’ai donc tout à perdre, en quantité et en qualité d’eau, qu’elle soit de surface ou souterraine.
De plus, je fais partie du groupe écologique de votre région. Nous distribuons chaque année à Huntingdon des milliers d’arbres et y avons ensemencé des truites pendant de nombreuses années, sans doute celles qui vous servent aujourd’hui d’indicateur de la bonne qualité de notre rivière.
Depuis cinq ans, nous découvrons que notre gouvernement nous a mis dans une situation très difficile en vendant tout le sous-sol de la Vallée-du-Haut-Saint-Laurent à des compagnies de gaz. Les premiers à manifester de « vives inquiétudes » sont les citoyens, appuyés par les municipalités.
L’Union des municipalités du Québec (UMQ), dans son mémoire remis au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), en novembre 2010, « incite le gouvernement à agir avec prudence et à privilégier la consultation publique avant de permettre à l’industrie de réaliser des ponctions importantes dans les sources d’eau potable de surface souterraine. Par ailleurs, le milieu municipal considère qu’il incombe d’abord aux entreprises réalisant des activités de forage et de fracturation du schiste de traiter les eaux usées ».
De toute évidence M. Gendron, l’UMQ n’incite pas les municipalités à vendre de l’eau et à traiter les eaux de fracturation des gaz de schiste. Vous êtes le seul.
Le BAPE, en février 2011, indiquait dans son rapport d’enquête pour le développement durable définit le principe de précaution : « l’énoncé du principe suppose que malgré des études scientifiques probantes, il subsiste une inquiétude scientifique significative face au risque grave et irréversible soulevé. »
J’habite à Sainte-Martine, non loin des lagunes de Mercier, là où il y a plus de 40 ans, des déchets toxiques ont contaminé notre nappe phréatique. À ce jour, on n’a pas trouvé de moyens pour réparer cela.
Alors, M. Gendron, des conséquences irréversibles, on connaît cela et nos enfants devront sans doute vivre longtemps avec celles-ci. Nous payons et payerons tous pour ce gâchis.
À la suite des constatations du BAPE, comme les inquiétudes restaient entières, notre ministre de l’Environnement a mandaté un comité d’évaluation environnementale stratégique afin de « fixer les conditions de réalisation des activités ou à mener à leur interdiction ». Le comité déposera ces jours-ci son plan et mettra à la fin de 2013 son rapport au gouvernement qui décidera.
Comment pouvez-vous, M. Gendron, ne pas tenir compte des recommandations officielles de notre État et faire des affaires privées avec les compagnies, nous faisant courir tous les risques?
Nous acceptons votre invitation à visiter les installations du Huntingdon afin de poursuivre la discussion avec vous pour vous convaincre qu’il n’est pas trop tard pour changer de cap en pensant à l’avenir de notre région. J’ai le plus grand respect pour nos élus et je veux continuer à croire en eux.
André Meloche, citoyen de Sainte-Martine et président du Comité pour la réhabilitation de la rivière Châteauguay (CRRC)Faites parvenir votre tribune libre à redaction_chateauguayexpress@tc.tc. Notez que la publication n’est pas garantie.
